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Fév 06

La Réforme de l’orthographe

nymphea-600x450La maîtresse ne portera plus de chapeau!

La réforme de l’orthographe a été commanditée sous Lionel Jospin par le Conseil supérieur de la langue française, approuvée par l’Académie française, à la suite d’un sondage auprès d’un groupe d’instituteurs en 1990, confrontés aux difficultés des élèves ayant de plus en plus de mal à maîtriser l’orthographe . Telle était la réalité des années 90, et en 2016, elle n’a fait que de se dégrader.… Alors que les consignes et l’évaluation en orthographe se sont «assouplies» : dictées préparées, grammaire et vocabulaire étudiés à l’avance, textes raccourcis, barème divisé par 2 ou par 3 ! …Quel chambardement, pour ceux qui ont connu le barème sans appel du 5 fautes =0 !! Petit souvenir personnel : mes derniers sixièmes en 2003 faisaient entre 20 et 30 fautes sur un texte préparé de 10 lignes sur feuille de classeur grand format…. Au Baccalauréat, une copie qui ne maîtrise pas l’orthographe, perd 1ou 2 points sur la note globale… elle ne part pas au panier, même si la lecture est presque rendue impossible, car il y a une note plancher : en 2003, c’était 06/20 !!

Sur le plan technique, il s’agit plutôt de réajustements concernant certaines particularités, voire incohérences de notre langue, sur un peu plus de 2000 mots : déplacement des trémas, chasse aux accents circonflexes, traits d’union, et autres transformations d’accents aigüs en accents graves. Les accords sont peu touchés : le participe passé du verbe «laisser», suivra désormais l’orthographe de «faire» devant un infinitif et deviendra invariable.. .Et celui du verbe absoudre, qui prend un «s» au masculin et un «t» au féminin, prendra un t au masculin aussi ! Bref notre grammaire se met, elle aussi, à pratiquer la parité ! Certaines graphies sont simplifiées : je peux écrire ognon sans «i» car en latin dialectal le «i» initial n’existait pas, par contre le «ph» de nénuphar existait en latin médiéval, mais ce mot est d’origine arabo persane ( nînûfar) alors, évidemment, ça change tout à notre époque ! Allons nous écrire aussi : farmacie, facochère, faraon etc.?

Je ne vais pas dresser un inventaire de tous ces changements, mais m’interroger sur leur signification et sur le moment choisi de leur application.

En tant que professeur certifié de lettres, j’ai été moi même confrontée en collège et en lycée aux difficultés de l’orthographe que rencontraient nos élèves….

Pourquoi n’aie-je pas connu ce genre de problèmes quand j’étais moi-même élève en collège en 1956? L’approfondissement des fondamentaux était une priorité( horaire important) : la dictée n’était pas préparée, mais la correction se faisait sur la copie, puis le mot et la règle étaient écrits( copiés plusieurs fois) sur un répertoire , enrichis de plusieurs exemples similaires; le tout vérifié par le professeur qui passait dans les rangs. Même méthode pour la rédaction hebdomadaire, et les productions écrites en histoire, géographie etc. L’apprentissage du latin sur une base de 3/4h par semaine en même temps que la première langue était d’un grand secours pour la maîtrise de la grammaire et de l’orthographe . La lecture d’un livre par semaine, voire plus, faisait le reste.

La vie moderne favorise la dispersion, le manque de concentration; les programmes scolaires sont des menus à la carte qu’il faudrait recentrer sur ce qui est utile et non distraire nos élèves avec de la poudre de Perlimpinpin pour éviter d’affronter le vrai problème, encore bien plus dramatique qu’en 1990 : la baisse de niveau ... Si tous nos élèves avaient un bon niveau ou un niveau acceptable, ils se sentiraient bien à l’école! Mais notre ministre chante une autre chanson: si tous nos élèves s’amusaient bien à l’école, ils s’y sentiraient bien! La nuance est de taille!!!

Cette «réformette» a dormi dans les placards de l’Élysée pendant 25 ans parce que personne n’a osé la mettre en application avant, tant l’opposition de la part d’une majorité d’enseignants était tenace. Il faut croire que le gouvernement de l’époque était plus soucieux de démocratie que celui de maintenant, bien que la couleur politique soit la même .

Elle va entrer en vigueur à la rentrée 2016 en même temps que la réforme des collèges dont les enseignants ne veulent pas non plus! Les manuels scolaires feront état de la double graphie et les professeurs enseigneront cette double graphie à leurs élèves, ce qui va leur compliquer un peu plus la tâche, et leur faire perdre des heures «utiles» qu’on ne cesse de leur grignoter par ailleurs ! Mais ce qui compte c’est que dans la nouvelle évaluation, les élèves ne seront plus sanctionnés s’ils se trompent sur l’ancienne orthographe : que ne ferait-on pas pour camoufler le désastre !

Bref, on ne soigne pas le malade, on l’ampute!

Mais cette amputation obéit à une logique qui n’échappe à personne: toucher à la langue, c’est toucher à nos racines, donc à notre identité et là, notre ministre connaît son affaire !

Je veux bien parier que nombreux seront les enseignants qui ne changeront pas grand chose dans leur travail de terrain … La résistance passive a du bon : j’ai passé 37 ans et demi de ma vie professionnelle à en faire et à en varier les plaisirs !

Non, le nénufar ne passera pas par moi !!

Marie-José Conte

Secrétaire départementale du Collectif Racine

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